TAILLER un bonsaï : les grands principes

TAILLER un bonsaï : les grands principes

Cet article concerne principalement les arbres à feuilles caduques. La taille de structure des conifères et leur ramification fera l’objet d’un autre article à lui tout seul.

La belle saison arrive et il fait bon être dehors avec une paire de ciseau ou une pince concave. Les matinées sont encore froides mais on sent les arbres s’éveiller.

Les bourgeons vont pointer le bout de leur nez, notre arbre a passé l’hiver ! Mais est-ce le bon moment ? Et pour faire quoi ? Nous en sommes aux balbutiements mais nous savons qu’il y a des choses à tailler. Il ne faudrait pas qu’il pousse trop vite quand même…à ce qu’on croit !
Il y a deux types de taille: la taille de forme ou d’entretien et la taille de structure.

Nous allons commencer par la taille de structure: qu’est ce que c’est ?

La taille de structure

La taille de structure c’est sélectionner des branches et en éliminer d’autres


On fait une taille de structure pour 3 raisons principales:


. Equilibrer la force de l’arbre
. Maintenir la compacité
. Réduire la taille des feuilles


C’est pour cela qu’elle doit être réalisée le plus tôt possible, dans les cinq premières années de l’arbre, après on tombe dans le gros oeuvre.

Comme cette taille est la base de la formation de sa couronne il va falloir sélectionner les branches les plus vigoureuses afin de mettre en perspective le style de l’arbre.

Arrêtons-nous deux minutes sur le fonctionnement biologique de la croissance d’un arbre pour y voir un peu plus clair.

La dominance apicale

La dominance apicale est cette volonté de l’arbre de tout donner pour grandir. Les flux de sèves se dirigent principalement vers le haut, les ramifications.

C’est dans leur gènes et c’est une question de survie: qui reste à l’ombre dépérit ! Mais leur propres branches basses dépérissent aussi à cause de cette dominance.

Branches basses faibles et fortes branches hautes: l’inverse de ce que l’on souhaite en bonsaï. Il faut donc contrer cette dominance apicale en taillant pour rediriger les forces, les répartir plus équitablement. Imaginez un cours d’eau que l’on bloque à certains endroits, il va exercer sa pression et diriger son courant ailleurs…
Donc on taille les zones de croissance régulièrement afin d’encourager la croissance vers l’intérieur de l’arbre.
C’est un travail paradoxal car si l’arbre paraît dénudé après nos coups de ciseaux il est difficilement concevable qu’une densification va avoir lieu…Patience !

Les tires-sèves

On peut perdre patience avec ces petits-êtres, surtout quand ils sont brouillons avec leurs feuilles en batailles. C’est là que tout se joue également.

Maintenant que vous connaissez la dominance apicale vous comprendrez le principe du tire-sève.

Le tire-sève est la jeune pousse que l’on conserve en bout d’une tige afin de maintenir la circulation de la sève.

Elle permet donc de faire grossir la structure et de limiter les pousses adventices (celle qui se développent en arrière sur les branches et rameaux).

Mais alors dois-je conserver ou tailler ?

Conserver ou tailler

Les deux mon capitaine ! Il y a une différence de taille entre tailler sévèrement et drastiquement.

. Tailler sévèrement c’est supprimé à l’arbre toute ses ramification et ne conserver que les branches charpentières (comme nos platanes en villes). Résultat: l’arbre s’affaiblit, la sève ne circule plus, il tente de cicatriser au dépend de sa croissance.

. Tailler drastiquement c’est ne pas avoir peur de faire des choix radicaux en s’approchant au plus près des branches secondaires. La sève circule et se bouscule au portillon, il se densifie !
En alternant cette taille et cette croissance par les tire-sève vous avez une culture optimale de votre arbre.

Si vous avez compris le fonctionnement général d’un arbre qui va entamer sa croissance, alors vous êtes mûr pour savoir quand et comment tailler son bonsaï.

Quand tailler

Donc vous savez maintenant que c’est juste avant et juste après la saison de croissance. Selon votre région ce sera fin février, mi-mars. Ce peut-être également quand l’arbre est au repos mais pas trop éloignée d’une période de croissance pour que les tissus endommagés puissent cicatriser.

Pensez à ceci:

Quand l’arbre se repose, le bonsaï-ka travaille.

Pour résumé il y a deux périodes favorables:

  • La principale entre mi-janvier et tout début mars
  • La seconde dans la première partie du mois d’août, avant l’aoûtement, la lignification des rameaux

Comment tailler

Cet acte irréversible peut nous rendre indécis et la peur de faire une erreur nous étreint.

C’est pour cela que je vous conseille 5 arbres faciles pour débuter, ils vous pardonneront facilement 😉 Mais il va falloir à un moment donné plonger le ciseaux dans la broussaille !

Pensez toujours à la forme initiale du plant que vous avez acquis, travaillez dans son sens vous facilitera la tâche. Vous imposerez votre volonté (quoique…) quand vous maîtriserez un peu plus le fonctionnement d’un arbre et de l’espèce que vous souhaitez travailler.

En attendant voici une méthodologie simple (mais non exhaustive) qui peut vous aider:

Les 5 premières astuces

Il s’agit de principes de bases:

. Posez l’arbre sur une table à hauteur des yeux

. Retirez toutes les branches mortes de l’arbre

. Observez, observez et observez votre arbre

. Choisissez vos charpentières puis vos branches secondaires selon la forme que vous envisagez

. Gardez seulement 3 bourgeons par branches secondaires retenues

Une méthode complémentaire: la défoliation

La défoliation est la chute des feuilles avant la saison. Elle est volontairement pratiquée sur les arbres à feuilles caducs pendant l’été. Ce stress passager pour l’arbre va l’obliger à nanifier ces feuilles et à densifier sa ramification.

Il est préconisé de le faire sur un arbre vigoureux que nous savons déjà un peu conduire.

Les 8 dernières astuces pour une belle taille

Encore une fois ce ne sont que des principes directeurs de base qui ne doivent pas vous paralyser. Un minimum de connaissance de la physiologie des arbres permet de mieux comprendre le pourquoi de ces 8 principes:

. C’est l’emplacement d’une branche et non sa taille qui détermine son importance
. Retirer les branches qui poussent verticalement et celles trop épaisses pour être pliées.
. Courbes et torsions peu naturelles: on élimine
. Les branches qui masquent la face avant du tronc sont retirées
. Les branches ayant une largeur semblable au tronc ne sont pas les bienvenues
. Plus on se rapproche du sommet plus on privilégie les branches fines
. Deux branches à la même hauteur, on en retirer une
. On supprime les rejets à la croisée des branches et/ou poussant sous la branche

De l’importance de la cicatrisation

La réalisation de tailles de structure est traumatisante pour l’arbre : son écorce étant sa protection, son épiderme, les plaies ouvertes sont un appel à toutes les bactéries et champignons.

Quand je vois une goutte de résine s’écouler d’une branche fraîchement taillée je pense aux pleurs, à l’hémorragie. C’est mon petit côté anthropomorphique. Mais c’est aussi une réalité physiologique de l’arbre.

résine-de-pin
La sève le sang de l’arbre

Donc s’il vous plaît mastiquer les grosses branches avec une pâte cicatrisante, elles sont un peu chères mais c’est pas cher payé pour la santé et la survie d’un arbre 😉

En résumé

La taille d’un arbre, d’un bonsaï est donc toujours dépendante de l’état de santé de celui-ci (on ne taille pas des arbres faibles), de son stade de croissance en rapport avec le projet (priorité au tronc ? à la structure des branches secondaires ? au développement des ramifications ?…). Olivier Barreau conseille d’avoir un nombres d’arbres suffisant pour être légèrement débordé, de les oublier, de les laisser pousser et faire leur vie. En effet n’avoir qu’un bonsaï ou deux c’est la tentation de leur visite à chaque fois avec une paire de ciseaux. Rien ne fatigue plus que l’impatience 😉

En attendant n’ayez pas peur : taillez avec joie et observez la réaction de l’arbre !

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