C’est quoi un BONSAÏ ?

C’est quoi un BONSAÏ ?

Cette question plutôt simple au premier abord réveille soudain un imaginaire collectif.

C’est un arbre qui souffre et qui n’est pas naturel. C’est fait pour les maniaques et les masochistes. Ça peut pas vivre longtemps dans un si petit pot. C’est une plante qui décore nos intérieurs, vendue avec étagère. C’est un truc de retraité.

La partie adverse, tout aussi ignorante, répondrait que c’est magnifique (sur ce coup-là elle n’aurait pas tort). Y’a que les asiatiques pour faire ça. Ça demande trop d’entretien. Moi j’ai pas la main verte.

On a tous un avis sur le bonsaï. Mais c’est quoi un bonsaï ?

Parce qu’il est auréolé de mystère et nimbé d’un flou artistique je vous propose d’essayer de le définir et de le démystifier. Vous verrez il n’en sera que plus magique.

Sans être universitaire, soyons pragmatique et commençons par une définition.

Définition

Le mot « bonsaï », qui est devenu courant dans notre langue française, est japonais.
Ça j’imagine que vous le saviez déjà.

Littéralement bonsaï signifie « plante dans un pot ». L’étymologie ne se résume jamais à un mot à mot, il englobe toujours un ensemble de signification et d’origine plus complexe mais pour faire simple retenons: Bon = Pot/ Bassin et Sai = Plante.

Ce que l’on sait moins c’est que ce mot japonais vient du chinois Pinyin qui signifie « planter et prendre soin d’une plante dans un pot ». Il y a donc la notion d’en prendre soin. On sent déjà un peu d’amour.

Cultiver un Bonsaï c’est créer une relation privilégié avec un bout de nature qui en est une représentation miniaturisée et réaliste, sous la forme d’un arbre.
Cet arbre est souvent mis en scène avec d’autres plantes, des pierres (suiseki en japonais) ou de la mousse.

Ce sont donc des horticulteurs chinois qui ont élevés leur pratique au rang d’art. Les japonais y on apporté leur touche de bouddhisme zen.

Le paradoxe du bonsaï-ka: faire croître et nanifier

Quel paradoxe n’est-ce pas?! Nanifier et faire croître!

On ne retient souvent du bonsaï que la nanification. Qui n’a rien à voir avec la nidification (qui est l’art de faire grandir des oisillons). C’est un mini arbre.

On oublie vite le rapport affectif, voire amoureux, qu’entretient le bonsaï-ka avec ses arbres. Si pour lui l’objectif premier est d’avoir un bout de nature dans son jardin, un arbre en l’occurrence, son but ultime est de sublimer la silhouette et le port de l’arbre.

Et pour ça il faut le faire pousser.

Il alterne donc les périodes de croissance (appelée aussi la mise en culture) et la taille. L’objectif est de le faire tenir dans le plus petit pot possible. Il jongle et danse sans cesse.

Oui le bonsaï-ka est une danseuse!

pied-de-ballerines
Le bonsaï-ka est toujours en équilibre

Il recherche en permanence le point d’équilibre entre travail et naturel.

Le graal étant que l’harmonie se dégageant d’un arbre inspire autant le respect que si nous avions affaire à son grand frère. J’ai une anecdote personnelle à ce sujet.

Anecdote

J’ai travaillé deux mois au Japon. J’apprenais le verre soufflé. De mon passage à Tokyo j’ai retenu un de leur adage qui m’a un peu traumatisé. Pour moi il synthétise la pensée japonaise. C’est en rapport à l’excellence et à la primauté du résultat, dans le respect et la compréhension de la technique et de la matière travaillée.

Cet adage c’est:

Tout ce qui est fait doit être invisiblement parfait!

Ce qui signifie que l’homme doit disparaître derrière son oeuvre. Seule l’oeuvre compte et le résultat devient chef-d’oeuvre quand c’est le cas. Autant vous dire qu’il y a du boulot 😉

Travaillé un arbre en pot ne doit donc pas faire apparaître le travail de nanification.

Génétiquement non-nanifié

Il est évident que les bonsaïs, génétiquement, ne sont pas des plantes nanifiées.


Nanifié et modelé un arbre ou un arbuste se fait au moyen de différentes techniques.
Sans rentrer dans les détails on pince les bourgeons, on taille branches et rameaux, on les ligature, et on leur donne un peu d’engrais.

N’oubliez pas que toutes ces actions apparaissant comme barbare sur des arbres en pot sont pratiqués grandeur nature dans nos champs ou en bord de route pour plusieurs raisons. Et nous nous en offusquons beaucoup moins.

La vigueur naturelle est donc contenue pour être orientée vers une croissance saine.

Ce qui est excitant c’est que tout un chacun peut apprendre la base rapidement. Je vous prépare des fiches sur « Mon premier bonsaï » et « mon premier rempotage ».

Bien sûr, la maîtrise de techniques avancées s’acquiert sur une longue période, et plus vous pratiquez, plus vous apprendrez.

Pour commencer il faut s’intéresser au monde du vivant, à la nature, aux arbres et à la philosophie.

Les bonsaïs sont arrivés en Europe au 19è siècle grâce aux échanges commerciaux.
Ils sont vite assimilés au courant de l’orientalisme, dont les peintres Delacroix et Ingres (plutôt tourné vers les pays arabes) sont de fervents représentants. Cet orientalisme à jouer en la faveur du bonsaï.

Se tailler une image

Nous avons en tête l’image du bonsaï vendu en supermarché ou en jardinerie, il est petit et à le substrat compact et les feuilles sèches. Ou bien on voit la spirale autour du tronc d’un sapin que l’on retrouve dans les allées de jardins.


Ces formes géométriques nous éloigne de la nature et de l’art du bonsaï.

Pourtant un bonsaï ça peut faire 2m!

Vous avez bien lu, 2m!


Il y’a une vrai codification, un classement des tailles qui vont de 3 cm à 203 cm. Vous imaginé un chêne de 3cm?!
Cette classification des tailles est basée à l’origine sur le nombre de personnes nécessaires pour le porter. Elle est sujette à discussion, comme tout classement.

A partir de quelle taille estimez-vous qu’un arbre n’a pas été torturé pour lui donner forme?

C’est une QAF, Une Question à Défendre.

Et aujourd’hui?

Cet art millénaire pourrais apparaître figé au yeux du néophyte. Mais le monde est impermanence vous le savez bien 😉

Le bonsaï ne pouvait pas échapper à cette loi.

Tenez par exemple: vous connaissez probablement le cinéaste Tim Burton et son univers. Et bien aujourd’hui il à un arbre à son nom où plutôt une forme qui porte son nom. Également appelé Cosmic Bonsaï. Imaginez que le tronc, les branches et les rameaux soient en spires noueuses et vous auriez une idée de ce que c’est. Un arbre d’une autre planète! On doit la création de cette forme aux français Dora Hervé et Laurent Darrieux en 2006.

Seul le noisetier tortueux pousse naturellement comme ça et ils en ont fait un système de culture.

N’oubliez pas que:

Le Bonsaï est une forme d’art dynamique par le fait même qu’on travaille avec du vivant.

Couplé à un enthousiasme et une ferveur croissante dans le monde, les espèces indigènes, les expériences et les messages qu’ils peuvent véhiculés, étoffent l’ensemble du champ des possible.

noisetier-tortueux-cosmic-bonsaï
Cosmic bonsaï: le noisetier tortueux

Il y a encore des voies à ouvrir car s’il y a des Bonsaï-Ka c’est qu’il y a une Bonsaï-Do: Une Voie du Bonsaï!

Pour moi les bonsaïs sont des sculptures vivantes inspirées de la nature.

Et vous quelle serait votre définition du bonsaï?

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