Mon premier PRÉLÈVEMENT: mes erreurs, mes conseils

Mon premier PRÉLÈVEMENT: mes erreurs, mes conseils

Fin février 2021, perché à 680 m d’altitude, je prélève mon premier yamadori, un Cèdre de l’Atlas de 5 ans. Le yamadori est un prélèvement d’arbre en montagne (Yama en Japonais signifiant la montagne). C’est un cèdre de l’Atlas. Il a poussé au pied de son grand frère qui a été abattu.

C’est un ami, un amateur de bonsaï qui me l’a offert. Ce cèdre provient de son jardin. Certains de ses arbres ont 40 ans de pot ! Je prend cela comme un vrai cadeau. Au japon offrir un bonsaï à un invité est une marque de profond respect.

Je n’y connais rien mais je suis enthousiaste. Il me donne une pioche pour le prélever. Voici donc mon premier prélèvement: mes erreurs et conseils.

Le prélèvement: mes erreurs

Mon ami me donne une pioche, un pot et j’entame le travail.

La terre est sèche mais pas trop dure. Je pioche tout autour, assez loin du tronc car il faut garder un maximum de racines et radicelles. La racine pivotante (voir l’article Racines: le théâtre où tout se joue) est profonde.

J’arrive enfin à le sortir, ce n’était pas trop compliqué mais il aurait fallu une pelle pour garder la motte d’origine. Je le porte à bout de bras et contemple sa forme courbé. Mon ami avait commencé à le ligaturer directement en terre.

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A bout de bras…sans motte d’origine ! Priez les amis…

La motte de terre s’est entièrement détachée, il ne lui reste que trois racines principales et peu de radicelles. Elles sont à nu et c’est une erreur qui pourrait coûter la vie de l’arbre. Nous le rempotons rapidement.

Le rempotage

Dans le pot en plastique je mets la terre d’origine, dépose l’arbre et le recouvre à nouveau de la terre d’origine, mélangée à du fumier. Je recouvre le tout de la terre d’origine, je l’arrose abondamment et je rentre chez moi.

Le retour

Dans la voiture je suis excité.

Cela fait vingt ans que j’ai envie de me mettre au bonsaï et voilà que l’on m’offre ce Cèdre de l’Atlas le lendemain de ma décision. Je suis friand de ce genre de synchronicité.

Les pins et les cèdres sont rustiques mais sensibles. Mon ami m’avait dit de le mettre à l’ombre et de le laisser tranquille.
Je ne l’écoute qu’à moitié, submergé par les infos dont je ne sais pas faire le tri.

Trier les informations

Première information

Arriver chez moi je commence à me renseigner sur le cèdre et le yamadori en particulier.

La première information importante, valable pour l’Arbre en général, est qu’il y a un rapport vital entre la masse foliaire et le racinaire: ils doivent être proportionnels. Comme mon cèdre n’a pas beaucoup de racines je le taille presque drastiquement pour répondre à cette exigence.

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Taille drastique: un plaisir et une erreur

Cette première information est également ma première erreur: l’arbre vient de subir un premier stress avec le déménagement et je lui en fait subir un deuxième avec la taille.

Deuxième information

La deuxième information, que je conçois aisément et qui me paraît pleine de bon sens, est de replacer l’arbre dans la même orientation que sa terre d’origine.

La tête du cèdre pointait vers le nord. Je décide donc de le sortir de sa zone d’ombre, de le placer au pied d’un pin dans le jardin, tête au nord…mais en plein soleil!

C’est une deuxième erreur car il se dessèche rapidement. Pourtant le soleil est la troisième information que j’avais trouvé.

Troisième information

Les conifères aiment le plein soleil toute la journée. C’est leur carburant à photosynthèse.

Mon ami m’avait dit à l’ombre car un prélèvement, un arbre qui vient de passer de l’état sauvage au conditionnement, n’est pas encore bien enraciné. Et ce sont les racines qui absorbent l’eau.

Comme mon cèdre manque drastiquement de racines, son évapotranspiration est grande.

Quatrième information

Je découvre, disons plutôt que j’assimile cette information, l’évapotranspiration. Je suis tenté de le brumiser pour le « rafraîchir », lui donner à boire.

Chez les conifères la pulvérisation ou la brumisation peuvent-être fatales si elles ne durent pas vingt minutes minimum. Les stomates s’ouvrent pour absorber l’humidité ambiante donc en dessous de ce temps c’est l’effet inverse qui se produit, l’évapotranspiration s’accélère, l’arbre se dessèche à vue d’oeil.

Je décide d’employer les grands moyens.

Les grands moyens

Les professionnels du yamadori emploient souvent des serres avec brumisation automatique pendant des heures, plusieurs fois par jour, pendant des semaines…

Mais je n’ai pas de serre ni les moyens en tant que débutant. Je décide donc d’emballer mon cèdre, une serre individuelle inesthétique. Oui j’ai plein d’amour à lui donner, à tout prix ! En attendant je le plonge tête la première dans ma citerne d’eau pendant 3 heures. Je l’emballe ensuite comme un pot de fleur digne d’une jardinerie. Je fais quelques trous pour l’aération. Il se ragaillardit.

mini-serre
Une « mini-serre » d’urgence

Je constate que l’humidité se dépose sur le plafond de plastique. Ça fonctionne, il reverdit. Mais je suis à nouveau perturbé par une autre information.

Perturbation

Partout je lis « aérez vos arbres », « laissez-les respirer », « enlevez les voiles et plastiques ». Mais bien-sûr, un arbre n’est pas conditionné sous plastique dans la nature ! Et je retire ma mini serre…

L’indécision, l’ignorance et le changement de conditions ne font pas bon ménage avec un prélèvement. Mais je le mets à l’ombre. Et puis je découvre les bénéfices du soleil de l’est.

Le soleil de l’est

Là où je l’ai placé, mon cèdre est à l’ombre, certes, mais il ne voit pas le lever du soleil et se prend le soleil de midi et de l’ouest, les plus chauds. Décidément je ne le ménage pas.

Je fais quelques recherches et j’apprends que le plus bénéfique pour un arbre est la douce montée en température avec une orientation qui profitera du lever du soleil, comme une montée en énergie. Le substrat est également trop compacte….

Après quelques jours de réflexion et des demandes de conseils je décide de le rempoter. Entre-temps j’ai découvert le pralin.

Le pralin

Le pralin est une boue fertilisante dont on enduit les racines pour favoriser leurs reprises.

Je replonge donc mon cèdre dans ma citerne d’eau tête en bas pendant trois heures. Et ses racines resteront 24H dans le pralin avant de le rempoter dans un nouveau substrat.

Nouveau substrat

Avant de le déplacer dans un endroit plus propice: soleil de l’est, ombre de l’après-midi et à l’abri du vent je le rempote après le pralinage.

Un substrat composé d’écorces de pin que je concasse un maximum, de pouzzolane, de terreau et de sable. L’eau s’écoule correctement, il est bien aéré.

Nous sommes fin mars et ce n’est pas la grande forme. Mais oh surprise, quelques bourgeons, peu nombreux certes, mais quand même, commencent à pousser. Et début avril c’est ma dernière intervention car malgré ses faibles bourgeons il continue à perdre ses aiguilles.

Je sens qu’il a besoin d’humidité.

Dernière intervention

Je ne suis pas un grand bricoleur mais je décide de lui faire une vrai mini-serre.

Je récupères des palettes, les démonte et fabrique une ossature fixée à celles qui me servent d’étagères. Je fais un bac dans le fond duquel je pose des journaux recouverts de terre argileuse, puis une couche de fibre de bois composté et à nouveau une couche de terre.

L’idée est de faire une réserve conséquente d’humidité. Je place mon cèdre sur deux tasseaux de bois pour ne pas être en contact direct avec la terre. Puis je filme le tout avec du papier cellophane. Et je prie !

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Une mini-serre à sa hauteur

Prières vs conseils

Suite à certaines expériences personnelles je suis un peu mystique sur les bords et durant ce mois et demi d’apprivoisement du cèdre j’ai prié, j’ai prié et j’ai prié!

Mais un arbre c’est avant tout de la biologie et malgré tout notre amour il a besoin de conditions optimales pour se développer. Surtout pour un yamadori ou un sauvageon (terme désignant également un arbre prélevé en nature).

Ce qu’il faut savoir: mes conseils

Il y a deux moments propices pour prélever des sauvageon.

Au printemps, si vous êtes dans des régions ou l’hiver est vigoureux, et en automne dans le cas inverse. Mais il faut aussi prendre en considération ceci:


. Pour les feuillus prélevez avant le débourrage (l’émergence des bourgeons demandent beaucoup d’énergie à l’arbre)
. Pour les conifères prélevez en automne (ils continuent leur développement racinaire tard dans las saison, jusqu’à une température de terre de 6°)

Quelques conseils

Je comprendrais votre scepticisme sur les conseils que je pourrais vous donner suite à cette aventure 😉 Mais elle m’a appris beaucoup de chose:

. Ne confondez pas vitesse et précipitation. Quelques jours de réflexion et de préparation avant de prélever un arbre est primordial.


. Renseignez-vous sur l’espèce que vous allez prélevé avant de faire quoi que ce soit: type de sol, arrosage et surtout quand prélever…


. Favorisez l’enracinement avec du pralin, fait maison (on trouve des recettes faciles à mettre en oeuvre) ou déjà fait (ce fut mon cas à cause de l’urgence)


. Trouvez-lui l’emplacement idéal et ne le bougez plus


. Ne touchez plus à rien, pas de taille, pas de ligature avant l’année suivante, voir deux ans après pour des conifères. Il a besoin de se reconstituer des réserves et de s’enraciner.

Encore une dernière chose avant de partir

Le prélèvement est soumis au code forestier, à la protection des bois et forêts et est condamnable si vous ne demandez pas l’autorisation. Peut-être connaissez-vous un propriétaire de terrain qui accepterais de vous laissez faire. Une bonne source pour trouver des arbres intéressants peut-être les chantiers de terrassement ou de nombreux arbres sont arrachés. Ou bien un voisin qui arrache et remplace des arbres sur son terrain.

Vous avez le choix.

Podcast à venir

Suite à touts ces déboires et comme les yamadori/sauvageons sont des manières de travailler qui me plaisent, j’ai décidé d’interroger des experts. C’est pourquoi je vous prépare un podcast avec Olivier Barreau, spécialiste des pins sylvestres et des yamadoris. Restez branché et abonnez-vous pour être sûr de ne pas le manquer ! Et bien sûr je vous tiendrais informé de la suite de ce cèdre car mon intuition me dit qu’on a encore des histoires à se raconter !

Même avec beaucoup d’amour et d’eau fraîche un sauvageon a des besoins incompressibles!

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