LIGATURE: les points fondamentaux pour débuter

LIGATURE: les points fondamentaux pour débuter

Le but de la ligature est la formation d’un arbre dans un but esthétique. C’est une intervention technique à vocation artistique car il s’agit d’harmoniser les branches entre elles et de donner une forme prédéfinie à l’arbre.

Mais est-ce que la ligature a toujours existé? Pourquoi les japonais ont-ils introduit la ligature dans la formation de leurs arbres? Quel fil utilisé et quel diamètre? Comment ligaturer et quelles sont les erreurs à éviter? Nous allons voir cela ensemble.

Commençons par une définition suivi d’un petit rappel historique.

Ligature: définition

Le Larousse nous informe que c’est un « mode d’attache de cordes, de cordages ou de fils de fer ». Que c’est également « l’action d’entourer et d’attacher avec un lien une plante ».
Le bonsaï-ka ou l’horticulteur rajouteront que la ligature n’est pas un garrot étrangleur.

Mais pourquoi fait-on cela?

Pourquoi ligaturer

Tout simplement pour guider l’arbre.

Comme je le disais dans l’introduction on ligature dans un but esthétique afin d’harmoniser les branches et d’imposer une forme, un style, une direction à un arbre.


Mais est-ce que ça a toujours été le cas? Remontons dans le temps.

Histoire de la ligature

En Chine

Historiquement les chinois, qui sont à l’origine de l’Histoire du bonsaï , ne ligaturaient pas. Ils se servaient seulement de haubans et de tuteurs.

L’avantage, contrairement à la ligature, est que les haubans peuvent rester plusieurs années en place. Ensuite ils mettaient en forme l’arbre par un système « simple » de coupe et de pousse. En anglais on appelle cela le « clip and growth ». Originaire de l’école de Lingnan ils laissaient pousser puis taillaient la branche, la ramification. C’est une technique très longue qui prend en compte le temps de l’arbre.

Puis les japonais sont arrivés.

Au Japon

Les japonais qui travaillaient le bonsaï ont souhaité accéléré la croissance des arbres en leur donnant un aspect plus vieux dans un but commercial.

L’arbre âgé étant plus vénérable il fallait le rendre tel quel le plus vite possible. Comme rien ne se perd et tout se transforme ils se sont mis à recycler touts les fils électriques des américains après la seconde guerre mondiale.

La ligature a fait son apparition et ils gagnèrent des dizaines d’années par ce biais.


Alors comment ligaturer et quelles sont les erreurs à éviter?

Comment ligaturer

La technique est universellement admise et reconnue: il n’y a pas le choix de suivre la méthode!
Mais avant de commencer j’aimerais préciser quelque chose d’important: il faut avoir son projet en tête.

Pourquoi avoir un projet en tête est indispensable

On ne pose pas touts les fils de ligatures sans savoir ce qu’on va faire.

En effet en pliant une branche par exemple on étire les cellules sur la courbe extérieure et on compresse les cellules sur la face interne de la courbe. Il y a donc brisure des fibres.

Il faudra du temps pour rétablir une circulation correcte de la sève. On peut appuyé une courbe mais on ne peut plus en changer la direction, autrement la branche va finir par mourir, et l’arbre parfois. C’est pour cela que l’on met du mastic en cas de micro-cassures, il nourrit et protège du dessèchement.

Maintenant que vous savez cela parlons des techniques de ligature et des erreurs à éviter.


Mais quelle est la première étape?

Les étapes de la ligature

Ce n’est pas bien compliqué, en théorie…


Si vous avez un Chokkan (un droit formel) et que vous voulez lui changer sa dynamique vous commencerez par le tronc et uniquement le tronc. Ce travail se fera sur une ou deux années.
Ensuite vous pouvez vous attaquer au travail des branches. Vous pouvez haubaner certaines branches mais pas plus.


Il faudra probablement protéger le tronc avec du rafia avant de le ligaturer avec du fil métallique.

Oui mais quel fil utiliser?

fil-cuivre-ligature-conifere
Fil de cuivre pour les conifères

Quel fil choisir?

Le plus difficile en ligature est de savoir quel fil utiliser.

Les différents fils de ligature

Il y en a deux principaux
. Le fil d’aluminium anodisé: utilisé essentiellement pour les feuillus car il est plus doux et abime moins la branche. Il est donc plus facile à poser mais il a moins de force.
. Le fil de cuivre: il est plus cher mais il a plus de force pour un même diamètre. Inconvénient: il est plus dur à enlever car plus rigide donc il nécessite une pince à couper le fil. Il est principalement utilisé sur les conifères: les pins et les genévriers.

Choisir le bon diamètre de fil

Plus nous avons de choix dans les diamètres et plus on précise le travail.

En moyenne on trouve des fils dont le diamètre varie de 0,5 à 6mm.

En tant que débutant avec peu de budget nous pouvons nous équiper d’un petit kit de départ (pour moins de 15€) avec des fils de 1, 1,5 et 2mm car nous travaillons de petits arbres.


Pour choisir correctement il n’existe pas de tableau précis des correspondances entre diamètre de branche et diamètre de fil. C’est trop dépendant de l’espèce et de la saison mais il existe une technique simple, qui suppose d’avoir déjà les fils.


On prend un fil de ligature que l’on met droit comme un bâton et on tente manuellement de plier la branche avec. Si la branche plie c’est le bon diamètre, si c’est le fil de ligature qui plie, essayez le diamètre suivant.

« Le plus dur dans la ligature…c’est le premier kilomètre »

Richard Babikian

La ligature a donc pour but d’accélérer le vieillissement d’un arbre, d’en harmoniser la ramification et surtout de lui donner la forme souhaitée.

Nous avons vu qu’il était vital pour l’arbre de préparer son projet en amont. Je suis en train de perdre quelques branches sur mon premier arbre à cause de cette ignorance (comblée depuis).
Nous avons parlé des différents types de fils: le cuivre et l’aluminium anodisé. Nous avons également vu les diamètres adaptés à la taille des branches.

Nous allons maintenant voir les techniques de ligature et les 6 erreurs à éviter.

Commençons par le tronc avec le raphia.

Ligaturer le tronc

Pour les débutants que nous sommes a priori nous n’utiliserons pas cette technique, car nous travaillons des petits arbres. Mais elle est importante dans la compréhension générale et peut-être utile si nous progressons vite.

Strapping raphia

C’est un néologisme de ma part mais on parle bien de strapping et de raphia.

Qui ne s’est pas blessé à une articulation d’une manière ou d’une autre (en randonnée, en sport ou en ratant la marche d’escalier) ? On se sert de cette bande élastique pour immobiliser les articulations.

Le strapping dans le bonsaï a la même vocation.

Ce strapping en raphia nous sert à solidariser les fibres au moment de la torsion. Il permet de diffuser l’effort de torsion et de répartir les forces sur l’ensemble du tronc ou de la branche. Ça évite leur éclatement.

raphia-sec
Le raphia qui va servir de strapping

Mise en oeuvre du raphia

Le raphia est un genre de palmier dont les fibres très solides servent à faire des cordages, des liens et du tissu d’ameublement.

La veille de l’opération, on trempe le raphia dans l’eau. Il faut que sa fibre interne soit imbibée. Le lendemain on étale bien les fibres pour en faire un aplat.

Tout comme le cuir, le raphia va se rétracter et va serrer en séchant. On l’enroule de la même manière que pour un être-humain, ni trop lâche, ni trop serré. On appelle ça du gainage. Cette gaine va éviter à l’écorce de craquer.

Ensuite nous pouvons passer la ligature qui suit les même principes: ni trop lâche ni trop serré.

Ligature: les fondamentaux

Les feuillus, les persistants et les conifères: on peut tous les ligaturés. Une fois le tronc ligaturé on commence par la plus grosse branche pour finir par la plus fine. On suit la croissance naturelle de l’arbre en quelque sorte, du tronc aux ramifications.

Avant tout il est important de bien ancrer le fil.

De l’importance de bien ancrer le fil

Le fil doit être bien ancré soit dans le sol soit à la base du tronc ou à la base d’une branche afin de maintenir avec force la branche. Dans ces cas-là faites deux tours de sécurité. Souvenez-vous que le végétal peut faire craquer le béton de nos routes et qu’après 10 ans de ligature l’arbre peut reprendre sa course naturelle. Essayer d’imaginer la force de traction qui coule dans leurs « veines ».

Voyons en détails les étapes:

Les étapes incontournables

  • L’angle que vous devez retenir c’est 45°
  • On ne se met pas sur le côté ou derrière mais bien face à la branche. Il faut voir de haut les spires et les insertions de branches. Avec la main gauche (si on est droitier) on maintient les spires posées à chaque tour. L’index peut servir de calibrage dans l’espacement des spires.
  • Il faut appuyer sur l’écorce sans trop serrer les spires et à intervalles réguliers pour une bonne répartition des forces sur la branche. Pensez toujours au strappe que vous vous feriez.
  • Un autre détail important c’est le sens de rotation. Il faut ligaturer dans le sens choisit de la futur direction de la branche afin qu’elle ne décolle pas de l’écorce. Par exemple si vous souhaitez une torsion de la branche vers la droite on pose le fil dans le même sens et inversement.
  • Il est possible de doubler la ligature: ça augmente la surface de contact. Il y donc moins de risque de casse dans les inter-spires.

J’aurais deux conseils à vous donner.

Deux conseils de précautions

  • Pour exercer une traction conséquente sur le tronc enfoncez de plusieurs centimètres le fil de ligature ou bien pensez à attacher le fil sous le pot. Autrement quand vous allez forcer, l’arbre, avec son substrat, va sortir du pot.

  • Tout comme pour le projet général de mise en forme de l’arbre, il faut réfléchir à l’endroit où l’on veut faire la pliure pour poser la spire dessus. Ça répartit les forces sur l’ensemble de la branche. Il faut donc avoir en tête une spire d’avance pour anticiper le passage des insertions des rameaux.

Ce serait une erreur que de ne pas anticiper.

Les 6 erreurs à éviter

. Ne pas vriller le fil. Pour cela le poignet ne doit pas rester fixe, on accompagne par demi-tour.

. Ne pas ligaturer deux branches en vis a vis ou en V avec le même fil. La pression exercée sur une branche va faire bouger l’autre. Il faut en attacher une sur le tronc puis la deuxième sur le départ de la 1ère branche.

. Ne pas croiser deux ligatures. Elles doivent être démontables à l’unité, pour le futur. On ne sait jamais ce qui va se passer. Dès que l’écorce gonfle et commence à remonter sur la ligature on l’enlève et en cas de croisement on est coincé.

. Ne jamais ligaturer un arbre en fleur ou en période de bourgeonnement car il y a un risque d’écrasement ou de casse. Et nous savons que ces bourgeons sont l’avenir de l’arbre.

. On ne ligature pas une seule branche ou une partie de branche ou la ramification seule. On ligature l’ensemble de la structure. Dans certains cas spécifiques on pourra le faire mais attendes d’avoir de la pratique pour en comprendre l’usage.

. Ne pas oublier la ligature. Ça paraît évident mais en plongeant dans le temps long de l’arbre c’est un classique. En restant trop longtemps, la ligature marque l’écorce jusqu’à la recouvrir parfois et ça prend des années avant de cicatriser (si la branche ne meure pas avant). Et si on ne la laisse pas assez longtemps, l’arbre n’a pas imprimé sa courbe et il va reprendre sa forme première.

Alors quand retirer la ligature ?

Quand retirer la ligature ?

. Entre novembre et février pour un conifères: on peut la laisser plus de 6 mois car il a une croissance lente
. Au printemps ou en automne pour les feuillus: on la laisse moins de 6 mois car ils ont une croissance rapide

Pour retirer la ligature on prend la pince à couper le fil et on coupe chaque spire une a une !

Un travail de chirurgien !

On récapitule

On ancre fermement le fil dans le substrat et on commence par le tronc puis les branches secondaires et enfin la ramification. On adapte le diamètre du fil à celui de la branche. On se met face à la branche et on spire à 45° en accompagnant avec le poignet. Au besoin on peut doubler les ligatures mais on ne les croise pas. Et on surveille la croissance de l’arbre pour ne pas le marquer. Sauf dans un but précis comme le vieillissement d’un genévrier sur un temps très long. Donc on respecte aussi les saisons de ligatures 😉

Le plus dur dans la ligature…c’est le premier kilomètre 

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