Les styles ENDOGÈNES dans le bonsaï

Les styles ENDOGÈNES dans le bonsaï

Dans les précédents articles nous avons parlé des 4 formes principales ainsi que de leur combinaisons possibles. Nous avons vu qu’il y en avait 7 possibles. Lire l’article « les 4 formes combinées » si ce n’est pas déjà fait.


Aujourd’hui nous allons parler des différents styles de bonsaï. Attention article encyclopédique! Mais à ce jour c’est la liste la plus complète que vous puissiez trouver sur internet. Et rassurez-vous je vous prépare quelques dessins 😉

Cette « classification » est issu de l’observation du type de collet, de la répartition des branches et de la disposition du feuillage entre autres. Nous en profiterons pour introduire les termes japonais quand ils sont connus.
Ces styles sont répartis en 2 catégories: le style endogène et le style exogène.


Dans cet article nous parlerons exclusivement des styles endogènes.

Style endogène

La définition courante d’endogène nous dit que c’est ce qui est « élaboré par l’organisme, qui prend sa source dans l’organisme ». C’est donc la génétique qui détermine un style de l’arbre. Par exemple le chêne et le micocoulier n’ont pas le même style.

Lors de la formation d’un bonsaï il faut donc trouver des caractéristiques propres à l’espèce et jouer avec, renforcer cette tendance génétique.

Et les possibilités sont vastes.

Un vaste choix

Environ 21 styles endogènes ont été déterminés.


Il y a le style en balai, le style rigoureusement droit, le style courbé, le style lettré, le style prostré, le style pleureur, le style tortueux, le style vrillé, le style anguleux, le style grimpant, le style à racines exposées, le style à racines aériennes, le style contre une roche, le style sur une roche, le style en dos de tortue, le style en bulbe, le style en plateau, le style du « Pin théâtral », le style Meïka, le style Horaï et enfin le style étalé.


Commençons tout de suite par le style en balai

HOKIDASHI: le style en balai

L’image est très parlante. Prenez votre balai de cuisine et retournez-le: vous avez une idée. Mais je préfère l’image de l’éventail ouvert, plus généreux et plus gracieux.

En général le tronc est droit et l’arbre évoque la plénitude. Les ormes, les érables s’y prête bien. La ramification et le racinaire se répondent dans un ensemble symétrique.

La couronne ramifiée est un vrai plaisir en hiver.

CHOKKAN: le style rigoureusement droit

C’est un arbre qui n’évoque pas d’histoire particulière, qui n’a pas été perturbé par les éléments extérieurs.

On pense à une forêt de conifères serrés ou à des lieux très lumineux et sans concurrence. Malgré son apparente simplicité ce style est très technique: conicité parfaite et insertion des branches demandent de la rigueur.

Essayer d’imposer de la rectitude à du vivant.

MOYOGI: le style courbé

C’est la forme classique la plus répandue dans le bonsaï et dans la nature.

Une belle conicité dans une dynamique en S. Elle est praticable sur les feuillus et les conifères. Il y a deux causes à ce style: la génétique et la formation par le cultivateur. Chaque branches prend appui sur une courbe.

BUNJIN ou LITERATI: le style du lettré

Cette dénomination appelle tout de suite la finesse, la liberté et la légèreté. Elle évoque également la fragilité de l’existence. Elle a besoin d’un tronc nu et d’une cime presque gracile. Il n’y donc pas de branches basses. Ce qui nous tourne essentiellement vers les conifères qui se débarrassent de leur branches basses et qui sont limités physiologiquement dans leur croissance.

Le style prostré

Compatible avec la forme penchée et le lettré il en est une version contorsionniste. Le tronc forme une boucle, l’arbre est replié sur lui-même.

C’est un style figuratif, très expressif, que les vietnamiens et cambodgiens développent volontiers. Cela permet parfois de masquer un défaut sur une partie basse.

SHIDARE-ZUKURI: le style pleureur

Pas besoin de vous faire un dessin. L’image première est celle du saule pleureur, de la glycine. Elle paraît naturelle mais il faut veiller à ce que le tronc soit bien haut pour que les branches retombent sans toucher le pot. D’autre part avec de petits sujets il faut aider cette redescende des rameaux qui doivent partir en jet d’eau. La ligature est délicate, on privilégie donc le haubanage.

TAKO-ZUKURI: le style tortueux

On pense à la liane. La différence majeure avec le style courbé est que c’est un style plutôt fantaisiste. Le nombre de courbe est démultiplié sans insertion de branches obligatoire sur la face externe des courbes. La difficulté se situe dans la construction naturelle de courbes: tout un art.

NEJIKAN: le style vrillé ou enroulé

On en voit souvent en jardinerie. Les troncs d’arbres souvent tropicaux sont tressés entre eux car ils ont une croissance rapide. On trouve cependant des amandiers et des grenadiers dont le tronc et les racines vrillent.

L’écorcage en spirale peut être également pratiqué. La cicatrisation associée à la croissance vont accentuer cette torsion dans le temps.

Le style anguleux

Il évoque un âge avancé. Issue d’accident ou de croissance de type « clip and growth ». Originaire de l’école Lingnan en Chine il s’agit de laisser pousser et de couper. Chaque espèce à une ramification particulière qui sera mise en valeur par cette technique. Il n’y a pas de ligature et on peut procéder par cassures successives.

Le style grimpant

L’idée est d’habiller une roche, du bois ou un autre arbre avec une plante ligneuse type vigne ou lierre. Les images les plus fortes sont souvent associées au Ficus étrangleur. Tel un Alien qui va coloniser son support jusqu’à l’engloutir parfois.

NEAGARI: le style à racines exposées

Dans le bonsaï les racines renforcent la beauté et l’identité de l’arbre: ils sont la fierté du cultivateur. Dans ce style elles jouent un rôle d’ancrage et c’est leur côté sculptural qui entre en jeu. Il est compatible avec toutes les espèces.

La hauteur des racines vont de 1/3 de la hauteur jusqu’aux échassiers comme la mangrove.

NEKU: le style à racines aériennes

Quand les branches sont reliées au sol par des racines…aériennes. Il n’y a pas de frontières nettes avec le style à racines exposées. On retrouve cependant cette caractéristique plus souvent chez les espèces tropicales. On pense au Cambodge, aux temples, à la mousson. C’est une belle manière d’apprendre à créer des racines depuis les branches avant de s’attaquer à la greffe racinaire par approche.

SEKIJÔKU: le style contre une roche

C’est un arbre dont les racines courent après la terre, terre qui s’érode avec le temps et qui les met à nu progressivement. Très souvent ces racines enserrent la roche. Le contraste entre la roche et l’arbre est impressionnant. Les racines développent une écorce particulière pour se protéger.

ISHITZUKI: le style sur une roche

On pense de suite aux paysages escarpés dont un arbre aurait émergé d’une faille de la roche. L’effet dramatique est spectaculaire. L’arbre est dépendant du peu de ressources logées dans les anfractuosités. Les racines plongeant profondément, il est presque impossible d’en prélever en nature.

KORA-BUKI: le style à dos de tortue

Le nom de ce style provient de la forme du collet des arbres poussant en milieu aride comme le chêne vert par exemple. Issus du collet convexe ou concave les rejets en augmentent la taille.

Le style à bulbe

Comme pour le style à dos de tortue, c’est la forme du collet qui le défini. En milieu aride ce collet est la réserve d’eau de l’arbre. On pense au frangipanier ou au baobab.

Le style en plateau

Majoritairement réservé aux arbres à feuilles persistantes comme les conifères, les buis, les oliviers. Les branches portent à bout de bras leurs ramifications comme un serveur sur une terrasse. Il y a quelque chose de l’offrande. C’est un travail très précis dans la taille.

OSHO-ZUKURI: le style du « pin théâtral« 

Beaucoup moins connu dans son nom mais très fréquent en bonsaï. C’est l’image d’épinale du bonsaï. Il associe le style courbé à un style en plateau. Il est issue des décors de théâtre japonais. Le dessin de cette forme parcourait l’ensemble du décor, évoquant à lui seul la nature, la montagne, l’esprit.

MEÏKA

Nom très peu utilisé mais reconnu et très fréquent avec la culture des azalées. C’est une forme inclinée portant des plateaux successifs. La structure de l’arbre ne compte pas autant qu’avec un érable (visible en hiver) car c’est la silhouette et la mise en valeur de la floraison qui importe.

HORAÏ

C’est une combinaison d’un tronc au style torsadé et d’une ramification au style anguleux.

Le style étalé

C’est un bonsaï à palier dont un ou plusieurs plateaux ont une surface exagérée. Cela peut renforcé le style « soufflé par les vents » par exemple. Mais bien souvent c’est la performance ou le côté sculptural qui est mis en valeur, au détriment du naturel.

Pour la suite encyclopédique rendez-vous sur « Les styles exogènes »

« On reconnaît la variété ou l’espèce d’un arbre en pot à la forme de son ombre »

Made in Japan

Je tiens à remercier Bonsaï Empire, Maître Bonsaï et Benoît Grandjean pour leur soutien et informations.

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