Bonsaï JAPONAIS: pourquoi ne pense-t-on qu’à lui

Bonsaï JAPONAIS: pourquoi ne pense-t-on qu’à lui

Pourquoi pense-t-on au Japon quand on dit bonsaï? Et d’abord qu’est-ce que le bonsaï japonais? Pourquoi les termes techniques en bonsaï sont japonais et y-a-t-il des alternatives?

Je me pose toutes ces questions car si le japon est omniprésent (il exerce une fascination légitime) dans le bonsaï c’est oublier qu’il a des origines plus lointaine. Pourtant le développement sans cesse croissant de cette pratique aujourd’hui offre une diversité dans les approches.

Nous verrons que ce bonsaï japonais, qui occupe toute la première place depuis son apparition en Europe au 19è siècle, est également celui qui a permis au bonsaï de s’émanciper.

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Un art qui va s’émanciper


Explorons ensemble ce bonsaï japonais en effleurant son histoire.

Histoire du bonsaï japonais

De la Chine au Japon

Il faut bien avoir en tête que le Japon est un pays insulaire qui alternait ouverture et fermeture au monde extérieur jusqu’à l’après-guerre.
Les Japonais étaient tellement fascinés par la chine qu’ils décidèrent de l’envahir en 700 après J.C. Ils ramenèrent de cette culture le thé, la céramique et plusieurs arts, dont le bonsaï.

Les moines bouddhistes chinois d’il y a 4500 ans pratiquaient cet art, mais plus précisément le paysage, appelé Penjing. Ces bouts de nature étaient réservés aux castes élevées dans le but de les « spiritualiser ». Le territoire chinois est tellement vaste que la diversité des paysages étaient infinies.

L’île du japon n’a pas cette étendue (malgré des diversités régionales). Couplé au bouddhisme zen où la beauté se trouve dans l’austérité, les japonais décidèrent de ne garder que l’arbre pour évoquer le monde et représenter l’univers.

Cette assimilation provient majoritairement de deux écoles.

Deux écoles

L’art du bonsaï dans la Chine de l’époque se divise en deux branches.

. L’école du Nord, qui cultive les arbres par la taille, le haubanage et les poids.

. L’école du Sud, elle, récupère les arbres des montagnes en les mettant dans un pot et en préservant leur forme naturelle.

Le Japon va synthétiser les deux avec excellence.

1800 et après

Vers 1800 les japonais vont orienter le bonsaï dans une dimension artisanale en évacuant l’aspect uniquement religieux. Il est question avant tout de design et d’horticulture. L’idée de pépinière n’est pas loin.

Et c’est lors de la première expo universelle à Paris en 1889 que cet art traverse les frontières. La fascination est palpable, c’est le début de l’engouement.
Pendant ce temps-là, l’ensemble de l’Asie n’est pas en reste en développant d’autres approches avec d’autres espèces, d’autres climats.

Mais le japonais, comme à son habitude, à maintenant tout analysé, codifié et répertorié.

Chaque détail à un pourquoi, un comment et un devenir.

Et le devenir du bonsaï est en danger suite aux guerres

Les guerres

Les 2 guerres mondiales font oublier le bonsaï aux européens (qui cultivaient quand même l’arbre en pot depuis le moyen-âge).

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Les arbres sont cultivés en pot depuis le moyen-âge en Europe

Après la seconde guerre mondiale, l’Amérique s’installe au japon. Les japonais décident de transformer cette humiliation en opportunité. Ils s’expatrient (eux qui ne sortaient jamais) et des bonsaï-ka comme John Naka, dont j’ai déjà parlé dans un précédent article pour ses magnifiques dessins, écrivirent une bible technique qui sera traduit dans le monde entier.

La conquête de l’ouest

Le Japon a été humilié pendant la seconde guerre. Il cherche a tout prix à redorer son blason et il met en place le noble titre de Patrimoine vivant attribué à un artisan qui excelle dans sa pratique. La France, depuis 1994, lui a emboîté le pas.
Cela va véritablement fonctionner.

Pendant ce temps-là en Chine la révolution culturelle commence. Pendant dix ans ce sera l’hécatombe. Les calligraphes sont mutilés, les intellectuels abattues et les bonsaï brûlés! Tout un pan de la culture est effacée des archives et de la mémoire, du moins c’était le projet de départ. L’origine du bonsaï disparaissait de la mémoire collective.


Pour revenir à John Naka, le bonsaï-ka émigré en Californie, il n’est pas le premier à avoir publié et fait connaître au monde cet art. Mais comme toujours il faut des figures charismatiques pour en porter le flambeau.

La traduction de sa bible participe à l’explosion de cette connaissance qui arrive en Europe et en France.

En France

Suite à cette parution, les années 80 voient germer l’idée du jardin zen en Europe. A partir des années 90 les clubs se multiplient et l’Europe ne rougit plus face à son grand frère qui lui a tout appris.

En effet, de par son histoire que nous venons de voir le lexique japonais s’est imposé dans le langage de cette pratique. S’il est important d’en connaître les bases afin de pouvoir échanger avec des bonsaï-ka du monde entier et comprendre les termes techniques lors de l’apprentissage, il est tout aussi important d’utiliser la richesse du vocabulaire de la langue que nous pratiquons.

Nous savons que cette richesse évite la standardisation et permet l’appropriation et le développement personnel d’un style.

Parlera-t-on un jour du style français? Espagnol? Du style cambodgien?

Et aujourd’hui

La volonté des japonais étaient de sauver et transmettre leur connaissance horticole et artistique. Ces échanges, ces ouvertures, la diversité des pratiques font dire aux japonais eux-même que l’avenir du bonsaï est ailleurs et diverses.

En accumulant les connaissances physiologiques, les techniques rigoureuses de mise en forme et l’esprit esthétique de cette pratique, le bonsaï n’a pas d’autres choix que d’évoluer selon la terre où il est cultivé.

Alors peut-on enfreindre les règles? Les arbres eux-mêmes le font 😉

Ce qu’il faut retenir

Le japon s’est accaparé le bonsaï, l’a enrichit et l’a poussé à son paroxysme. L’Histoire avec un grand H a obligé les japonais à le transmettre dans le monde entier. Leur codification extrême (la partie visible de l’iceberg pour des néophytes) n’avait qu’un seul but: dépouiller l’arbre de ses artifices en recherchant la sobriété. Pour ne pas troubler la sérénité du spectateur.

Tous ce qui est fait doit être invisiblement parfait.

Le japonais s’efface pour laisser place au naturel et à l’universel.

C’est ce qui a rendu le bonsaï exportable!

Le poète français Philippe Jaccottet ne disait pas autre chose:

Arbres, travailleurs tenaces
Ajourant peu à peu la terre
Ainsi le coeur endurant
Peut-être purifie

Apprenez des maîtres et enfreignez les règles!

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