10 RÈGLES simples pour un bonsaï harmonieux

10 RÈGLES simples pour un bonsaï harmonieux

Plus nous découvrons l’art du bonsaï et plus nous apprenons qu’il peut-être extrêmement codifié. Il y a des origines culturelles à cette nomenclature qui rejoignent une philosophie et un sens de l’esthétique.

C’est une sculpture vivante entre artisanat et art. Il y a donc une dose de technique, une dose de notion esthétique et une dose de liberté. Cette liberté ne s’acquiert qu’avec la maîtrise d’un langage, la digestion des techniques et l’affranchissement des maîtres.


Avant d’en arriver à ce stade familiarisons nous avec ces 10 règles simples pour un bonsaï harmonieux. Il est avant tout question de sensibilité et de regard.

1. Vers l’oeil les racines tu ne pointeras pas

Les racines qui pointent vers le spectateur montre la vanité du cultivateur: « regarde mon gros nebari » mais ne dupe pas les professionnels.

Il y a souvent un vide derrière révélant 2 manques fondamentaux.

Le premier est le manque de connaissance du cultivateur pour homogénéiser les croissances racinaires telle que les arbres les construisent. Le second est le manque de sensibilité au naturel.

Des racines proéminentes racontent l’histoire d’un arbre qui s’accroche, qui pour ne pas flancher développe ses racines à l’opposé de sa chute, on doit donc les positionner sur un côté afin de raconter cette histoire.

De plus des racines frontales créer un  ‘bourrelet visuel’ inesthétique.

2. Du collet les racines irradieront

Cette règle ne s’applique pas aux formes penchées, voire article 1.

Des racines en étoiles signifient que vous avez bien travaillé. Ce magnifique nébari témoigne d’un bon ancrage, dans la technique pour vous, dans la vigueur pour lui. Il s’est développé à 360°.

3. Sur elle-même la ligne de tronc ne reviendra pas

Une ligne de tronc qui revient sur elle-même forme une courbe en ‘C’.

Vous avez déjà vu un arbre dont une branche/bras vous saluerais comme un serviteur, un bras sur l’estomac et l’autre posé sur les reins? Ce serait inapproprié.

L’arbre veut bien s’incliner et faire une révérence, à la manière des japonais, mais faut pas trop en faire non plus.

4. Vers le spectateur, légèrement le tronc tu inclineras

C’est une forme de salutation, je parlais de révérence, envers celui qui en prend soin.

Le spectateur, par son regard gourmand voire médusé, fait partit de ceux qui rendent également hommage à cet arbre et à son cultivateur!

L’humilité étant une des composantes de cet art il paraît légitime de ne pas demander à l’arbre de faire son fier. Sa fierté provient de sa vigueur et non d’un torse bombé.

5. Vers la cime le tronc tu aminciras. A la conicité inversée tu ne penseras pas

Si vous regardez les arbres dans la nature, c’est ce qui est observable qui nous guide.

Cette règle provient de la physiologie même d’un arbre: en bas c’est l’âge, la base et plus on monte vers la cime plus il s’affine: les jeunes pousses tirent vers le haut!

Comptez les branches d’un pin par exemple et vous connaîtrez son âge. La plus vieille se situe en bas, elle est descendante, celles du haut, les jeunes pousses, ne sont pas forcément encore lignifiées et se dressent à la conquête de la lumière.

6. De branches croisées ou croisant le tronc tu n’oseras pas

Il arrive que certains arbres se comporte ainsi mais ce n’est pas naturel: il y a eu une contrainte extérieure qui a obligé le flux de sève à prendre une autre direction. Un entre-noeud cassé et la branche part dans le sens inverse.

Esthétiquement cette branche absorbe tout le regard alors que nous souhaiterions qu’il se balade avec harmonie. Ce qui nous amène à la suivante:

7. De l’espace entre les branches tu créeras

Pour que les oiseaux puissent voler au travers.

J’adore ce genre d’évocation poétique. Quand le feuillage est compacte mais aéré l’oiseau peut s’y glisser, tout comme notre regard. Et il pourra s’y poser de temps en temps, à l’abri des curieux.

Un lourd enracinement pour un port léger. C’est simple mais efficace.

8. Les branches visuellement tu alterneras

L’idée est de monter des racines au sommet, à la manière d’un escalier en colimaçon. Ça c’est pour l’image théorique. Nous sommes d’accord qu’il n’y a pas d’escaliers en colimaçon dans la nature!

Lorsque nous voyons un pins qui a les branches en « rayon de roues » notre regard s’arrête à chaque palier et l’élévation se fait difficilement.

L’idée de cultiver un arbre en pot est également celui d’élever son esprit au sens taoïste du terme. Alors facilitons-nous cette élévation.

prière
S’élever c’est s’incliner

9. Une seule branche par position tu instaureras

Les branches en « rayon de roue » que nous venons d’évoquer sont inesthétiques, trop mathématiques.

Si l’idée est de contraindre l’arbre pour le mettre en forme ce n’est pas pour y appliquer un schéma formel et répétitif. Du rythme s’il vous plaît!


Les branches, les rameaux cherchent la lumière, pensez à l’énergie d’une spirale d’ADN.

Et pour finir commençons à parler du pot:

10. Dans le pot le bonsaï tu ne centreras pas

Question d’esthétique, de nombre d’or et de rapport visuel.

Dans une peinture, pour que l’oeil soit centré sur la composition il faut décentré le point de fuite. Paradoxal mais incontournable! Le point de fuite ici sera le tronc, sa base en l’occurence.

C’est une règle au moins aussi vieille que Leonard de Vinci, qui s’y connaissait un peu quand même.

Ce qu’il faut retenir

Maintenant que vous connaissez ces 10 règles simples pour un bonsaï harmonieux, il vous suffit de les appliquer librement. Je ne vous prendrais pas en défaut puisque moi-même je m’arrache les cheveux entre l’idée que j’avais et la réalité de l’arbre que j’ai en face moi. Il y a toujours un élément perturbateur. Il faut composer avec et la tentation est grande de n’en faire qu’à sa tête.

L’observation attentive, chaque jour, de toutes les faces possibles , permet à la structure de s’imposer d’elle-même, petit à petit. Prenons le temps, le dessin est aussi une bonne manière de se projeter, nous en parlerons bientôt.


Comme je le disais dans l’introduction, c’est avec la pratique que nous assimilerons ces règles. Le geste intuitif, qui relie l’esprit à la main et qui surgit quand nous dépassons la technique, rendra nos bonsaï encore plus vivants.

Jamais personne tu ne laisseras des règles te dicter !

Mais ta règle préférée tu commenteras !


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